La distance juste… ou le confinement révélateur (1)

Confinement, mot plutôt cafardeux, alors au choix : contanimento, encierro, inneslutring, containement, zadrzovani, periorismos, hausarest etc. Points communs : rester chez soi le plus possible, mais diversité des façons de vivre et d’exprimer ce retrait forcé. De la créativité individuelle ou collective jusqu’à la désespérance,  la marge est importante.
Sans balayer toutes les formes, retenons les fondamentaux : seul(e), en couple, avec des enfants, en ville, à la campagne, à la mer, à la montagne. Premier constat de ce contanimento, c’est qu’il nous permet de regarder de plus près nos conditions de vie au sens strict. Et sans entrer dans une analyse socioéconomique, on peut déjà faire un trait entre le confortable et le moins confortable jusqu’à l’insupportable dans les conditions de vie. Et ça déjà, il ne faudra pas qu’on l’oublie dans les mois à venir.

Ensuite il y a le vécu qui renvoie à chacun de nous, et nous entrons alors dans ces deux dimensions si vives actuellement de la distance et de la proximité. Un vrai apprentissage dans le temps, ce fait de ne pas pouvoir bouger, se déplacer où on veut, quand on veut, ou du moins on le croit… Une fracture se crée dans nos capacités de résistance à la frustration. Derrière nos réactions d’enfant à qui on a enlevé leurs « jouets », surgissent des révoltés : rendez-nous nos plages, nos espaces verts, nos territoires perdus ! Et puis ces classements en catégories auquel on résiste : vieux ou « aînés » fragiles, soignants héroïques et épuisés, enfants épargnés mais porteurs, femmes ou hommes applaudis mais corvéables à souhait… La brutale fragilité de la vie et de la survie remet parfois les choses en place et on ne peut pas détourner les yeux. Elle nous oblige aussi à éviter les simplifications et les fausses certitudes face à une complexité qui nous terrasse.

Inneslutring ! Nous sommes si versatiles que peut-être nous nous efforcerons à l’avenir d’oublier le caractère exceptionnel de ces moments. Opportunité momentanée de ne plus s’éparpiller ni se disperser dans de multiples activités pas toujours utiles ni fécondes pour notre bien-être personnel. Voie ouverte pour ranimer nos passions enfouies ou nos projets larvés afin de les faire sortir au grand jour. Quitte à se tromper, à tâtonner, à s’éprouver et à se donner le choix. L’attaque sur le vital nous recentre au moins sur l’important voire sur l’essentiel. Partager devient un besoin comme manger ou boire. Et c’est là que la distance se joue, distance avec soi-même d’abord. Nos choix de vie sont mis en plein zoom, à chacun de s’y retrouver…ou non.
Et puis la distance, en creux, en abolissant cette fuite des kilomètres, en  révélant toutes ces séparations physiques, restaure la proximité dans tous ses atouts : la proximité radieuse qui nous nourrit, celle des liens forts et de la sollicitude qui permet la solidarité. Sans tomber cependant dans l’angélisme qui dissimulerait les côtés sombres de l’hausarest :  la violence intérieure, la dénonciation pernicieuse d’autrui etc. Concernant l’environnement, la distance a ses bons côtés : la nature végétale et animale reprend son espace tout simplement, l’air devient plus pur et le silence s’instaure, l’homme prédateur ayant débarrassé la place. Tout cela nous fait-il ou non réfléchir ? A voir…

Quant aux sujets qui nous occupent à Éphi, on peut dire que la distance instaurée suscite des questions : par exemple, le télétravail ne met-il pas trop la pression sur les fournisseurs que sont les télétravailleurs, et ce malgré les tutos de « bonnes pratiques » » qui fleurissent partout ? Et la formation « tout à distance » ne gomme-t-elle pas toute la riche construction d’un apprentissage alimenté par des interactions humaines ? Distance/proximité, proximité/distance, ces deux axes mériteraient qu’on les approfondisse à l’avenir pour enrichir les constats et réflexions de l’aprés encierro : qu’en tirerons-nous pour travailler demain de façon plus équilibrée et pour se former en privilégiant l’acte formateur ? Peut-être aurons-nous retenu de cette période de periorismos  que les vrais changements sont des transformations lentes avec des avancées et des reculs qui nécessitent avant tout notre extrème attention pour ne pas se laisser piéger à nouveau par la course accélératrice.

Sachons aller à la rencontre  de notre « tempo giusto », avec un peu d’enthousiasme ! Tout comme le dessine ce phi renouvelé qui donnera bientôt naissance à un nouveau site Éphi Formation. Nous avons tracé dans ce temps suspendu d’autres chemins et pistes, avec des formations à découvrir, nous avons aussi investi dans l’AFEST. A voir prochainement…

PS : Oui, il y aura un chapitre 2, sortie de zadrzrovani. En attendant, le dialogue est amorcé, comme le montre l’image  à la une : avec nous-même, les autres et l’environnement, à la distance juste !

NB: Pas de citation ce mois-ci, trouvez-la !