Formation : tracer le chemin

Vous avez sans doute déjà regardé avec une attention fascinée ces lignes qui changent sur le panneau d’affichage des départs de trains :  la ligne que vous suivez remonte subitement d’un cran pour montrer le même horaire, la même destination. C’est juste le numéro du quai qui vous manque pour passer à l’action : commencer votre parcours. Ce qui se passe actuellement depuis la réforme de la formation professionnelle de 2015 est du même ordre. Il y a des données fixes : une personne à former, un prescripteur, un prestataire de formation. Avec aussi celui qui opère à l’information et à la bonne distribution des parcours, l’organisme gestionnaire, rôle dévolu aux OPCA. Mais les chemins vers la destination se complexifient, d’où les simplificateurs en tous genres qui s’efforcent d’éclairer la lanterne des formés, formateurs, responsables de formation etc.

Donc supposons les acteurs positionnés.  Pour filer la métaphore du voyage en train, la destination  c’est la formation choisie (ou attribuée) avec un parcours bien défini et une certaine liberté d’action pour le voyageur/ formé sur la prestation et sur les modalités de réalisation de celle-ci. Et quid de la ligne qui remonte d’un cran sur le panneau ? Eh bien c’est le recadrage des rôles de chaque acteur dans le monde de la formation. Commençons par la personne à former. A celui-là on demande d’ouvrir son CPF (rappel : 3,7 millions de CPF ouverts en décembre 2016), de faire remonter ses souhaits de formation lors de l’entretien professionnel qu’il a eu ou finira par avoir. Mais ce n’est pas fini, ça c’est le début du parcours. Si on est clair sur ce qu’on recherche, on a plus de chances de s’y retrouver dans le choix des formations. Et  si on se perd en route, des organismes et des institutionnels peuvent aider au repérage ou à s’orienter tels les CEP. Si c’est l’entreprise qui est prescriptrice, les RRH et autres responsables de Formation sont là pour aiguiller sur les formations utiles pour l’entreprise et, on l’espère, pour les destinataires de formation. Il reste alors à trouver un parcours adapté aux besoins  amenant le voyageur/apprenant à destination dans les meilleurs conditions possibles. Et ça c’est le rôle du prestataire de formation… qui est un vrai professionnel qualifié non seulement sur le contenu de la formation, mais sur le service qui doit être rendu au bénéficiaire.

C’est sans doute un des bons côtés de cette nouvelle donne de la loi de 2015 que de confier sa demande à un ou plusieurs acteurs qui vont s’ingénier à proposer les meilleures formules de parcours. Pour tous les acteurs de la formation professionnelle, le challenge est grand, d’autant qu’une partie du public des apprenants a acquis une culture à se former via les réseaux sociaux, les pairs, les blogs en tout genre etc. Une partie, car les salariés les moins qualifiés (qui auront le droit à un double d’heures sur leur CPF par rapport aux autres) ne sont peut-être pas encore les plus experts, mais ça peut changer…

Pour le coup, le prestataire de formation remonte d’un cran, il est polycompétent sur ses domaines d’interventions, sa capacité d’ingénierie (concevoir ou proposer les stratégies pédagogiques les plus adaptées) et sa capacité à respecter le contrat qui le lie au commanditaire de la formation, au financeur et au destinataire de la formation. Le formateur dans sa mission la plus extensive deviendra à terme un ensemblier, comme dans le bâtiment : animateur de systèmes de formation, affûté sur la digitalisation des formations, voire créateur de MOCC ou de « tutos », accompagnateur de parcours, évaluateur des acquis etc. Et capable aussi de remettre en question ses pratiques tout en  suivant les modalités réglementaires de sa profession en évolution.

Tout ceci est stimulant à condition que les professionnels de la formation puissent vivre ces transitions avec plus de facilitation que d’obstacles, afin d’être ou de rester des partenaires de qualité dans la responsabilité de formateur qui est la leur face à un public exigeant car de plus en plus informé et « consommateur » de modes de formation diversifiés. Pour les formateurs, le chemin critique* est à tracer et à suivre pour rester compétents . A suivre…

*Chemin critique (CPM) : technique utilisée pour terminer des projets en se concentrant sur les tâches clés.

L’aphorisme du mois : « Le questionnement est à l’origine de la pensée critique. » Michel Tozzi. Et un lien vers une vidéo intéressante d’un de nos pairs, ex cotraitant sur des projets : http://www.first-finance.fr/actualites/article/sylvain-vacaresse-digital-learning/