Ecoute, formateur, écoute !

Le meilleur apprentissage pour le formateur ou la formatrice est à mon sens de vivre sous plusieurs formes ce que l’on nomme la dynamique de groupe accompagnée de « phénomènes de groupe » sans au moment les comprendre complètement. Les élucider en temps réel sert au moins à ne pas en être dupe.
Un groupe en formation est l’expression d’un équilibre instable, même si on y recherche toujours une forme de rationalité rassurante. Comme l’a dit Kurt Lewin : « Le groupe est un système de forces. Cet équilibre de forces est déterminé tant par la position d’un individu dans un groupe que par les sentiments de chaque individu. » Mais pas que… car avant tout des idées, sentiments, passions se livrent une bataille sans merci chez chacun de nous, particulièrement quand ce précipité individuel se trouve en contact avec le groupe qui l’électrise. Chacun a donc le choix de se laisser porter par la vague ou de l’affronter… avec son propre gilet de sauvetage.

Pour le formateur, la tendance la plus commune est de penser qu’il peut influencer le groupe et en faire son allié, donc en devenir le leader naturel de par sa compétence et son ascendance. Dans cette position face au groupe, l’exercice quasi permanent de la séduction est mobilisé afin de ne pas laisser les participants s’échapper dans des couplages ou s’éparpiller dans des fuites ou des conflits. L’autorité du formateur leader doit être maintenue jusqu’au bout. Soyons honnête, tout formateur tend à sa manière ses filets…

En fait, comme tout humain normalement constitué, le formateur a lui aussi des angoisses archaïques, celles que Mélanie Klein a si bien décrites et d’autres après elles. Parmi ces angoisses, celle de se faire « bouffer » par le groupe qui peut occulter la lucidité du formateur dans l’animation « ici et maintenant », d’où des stratégies variées liées à la personnalité de celui qui les porte afin de « se gagner » le groupe.

Tout cela pourrait vous paraître un peu loufoque ou autocentré ou nosense etc. Mais rien n’est anodin dans cette rencontre de personnes venant en formation avec leurs trajectoires personnelles, leur motivation ou leur envie de se défaire de ce qui les encombre, leur résistance au changement contrebalancée par leur désir de progresser. Tout cela mijote pendant cette unité de temps/lieu/ action réunissant comme au théâtre un groupe qui ne s’est pas choisi.

Alors pour moi, il y un choix et un seul, soit le formateur « joue » avec le groupe et s’il s’y prend bien, ce sera positif d’abord pour lui, ensuite pour le groupe dans une certaine mesure et dans le temps de la formation. Soit il accepte de surfer sur cet équilibre instable qui fera tanguer le groupe à plusieurs reprises et qui fera flirter chaque participant avec une prise de conscience de ses potentialités/ limites/ marges de progression, avec comme seul objectif que chacun puisse tracer son chemin. C’est plus risqué mais à terme plus productif et gratifiant… Cela implique d’avoir une pleine écoute à la fois du groupe et de chacun de ses participants. C’est un choix qui détermine aussi la façon dont on va concevoir, architecturer et animer les formations.

Alors, formateur, à bon entendeur, salut !

La citation : « Entre mouvements et immobilité, bon vent et vents contraires, tempêtes et bonace, la traversée se poursuit, pour peu que l’embarcation et ses passagers tiennent le coup. » J-B Pontalis

PS : Le titre de cet article est de Daniel Brutinot