Une rentrée constructive/ L’intuition fertile

Les neurosciences accordent une valeur à l’intelligence émotionnelle et à la pensée intuitive dans la mobilisation de comportements opportuns et ce, dans diverses situations de vie ou de travail. Mais ne sommes-nous pas intimement persuadés du rôle de l’intuition dans notre vie quotidienne

On pourrait se dire que mettre en avant l’intuition correspond à un effet de mode qui tendrait à valoriser ce mode d’appréhension du monde. Cela n’empêche pas de reconnaître la pensée intuitive mobilisée pour faire face à un danger, s’adapter à une situation nouvelle, faire un apprentissage mental ou gestuel par exemple. La neurologue Régine Zékri-Hurstel rappelle que les neuroscientifiques définissent l’intuition comme « un inconscient d’adaptation ». Elle décrit ainsi le processus  : « Notre cerveau arrive directement aux conclusions et nous fait prendre des décisions sans que nous ayons conscience des perceptions subliminales qui nous y ont conduits. »

Les démarches formatives d’ephi-formation reposent sur le postulat que le conatif (ce qui relève de l’expérience) est au moins aussi voire plus important que le cognitif dans l’apprentissage. L’expérience professionnelle est constituée de toutes ces trajectoires mentales qui nous font prendre des microdécisions orientées sur le bon geste à faire, le bon comportement à adopter, le choix de la solution la plus pertinente etc. D’où la difficulté de discerner ce qui relève du savoir, ce que j’ai appris et que je peux transmettre, de l’expérience singulière, ce qui fait que j’agis au mieux face à un problème à résoudre. Ce fonctionnement en mode intuitif, lié à nos capacités de mémorisation et de créativité, favorise l’émergence de solutions dans toute activité professionnelle, si nous ne le bridons pas !

Dans un article des Echos week-end du 26 août dernier intitulé « Et si vous écoutiez votre intuition ? », de nombreux exemples viennent illustrer le rôle de l’intuition dans nos conduites. Le mode intuitif y est présenté ainsi : « L’intuition fonctionnerait comme une tête chercheuse scannant de manière rapide et inconsciente sa banque de données d’expériences personnelles et professionnelles, avec toutes les mémoires émotionnelles associées, afin de proposer une réponse à une situation donnée. » Autrement dit, nous sommes tous des Sherlock Holmes ou des profilers en puissance, capables de mettre à profit cette forme de connaissance immédiate non pas pour résoudre un crime mais pour faire face aux problèmes qui nous sont posés. A condition, et là beaucoup d’avis convergent, de ne pas céder aux préjugés ou aux illusions stérilisantes qui entravent cette jubilation intuitive !

Il faut aussi se sentir disponible pour accueillir ce que d’aucuns désignent même comme « la connaissance anticipée du futur ». Sans aller jusque là, cultiver l’intuition  afin qu’elle nous conduise à des actions réussies, c’est un beau programme de rentrée, non ?

L’aphorisme du mois : « Tu n’avais pas eu besoin des sciences cognitives pour savoir que sans intuition ni affects il n’y a ni intelligence, ni sens. » André Gorz