L’art du focus

Les travaux sur les neurosciences nous apprennent comment notre cerveau fonctionne, notamment l’attention, phénomène complexe.  Nous sommes capables de mobiliser une communication synoptique, locale, immédiate ET une communication hormonale, à distance, pendant une durée prolongée. On sait grâce à l’EEG que l’on passe plusieurs fois dans une journée par des états de veille active et de veille passive. Comment alors concilier ces états de l’attention avec la vie professionnelle où la veille active est privilégiée ? Une des réponses se trouve dans le fonctionnement cérébral, en particulier la communication avec l’environnement et la capacité à traiter l’information.
On devrait donc laisser derrière nous cette sensation désagréable de ne pas arriver à se focaliser sur une tâche ardue, à trouver une solution à un problème, à terminer un travail entamé etc. Pas toujours car parfois l’impuissance nous guette, quelles que soient par ailleurs nos capacités à franchir ce qui nous apparaît alors comme une épreuve. Cette inhibition peut avoir des sources émotionnelles (voir les travaux de LABORIT à ce sujet). Mais des sources externes (ou exogènes) peuvent aussi nous perturber et engendrer des troubles de l’éveil actif liés aux conflits entre un environnement très sollicitant en variété et en quantité de sources d’informations… et notre aptitude à les absorber.
Sans compter sur la sensibilité de notre horloge biologique située vraisemblablement dans l’hypothalamus (le labo de l’usine hormonale) : notre temps biologique peut être plus ou moins incompatible avec le temps réel de la journée de travail.
Alors que faire si l’on rencontre cette impossibilité momentanée ou persistante à fixer son attention ? Il semblerait qu’il y ait un équilibre à trouver entre vouloir à tout prix franchir l’obstacle ou partir à la dérive en refusant de l’affronter.
Souvent ce qui nous gêne, c’est  ce que nous « chargeons » de déplaisant ou d’insoluble dans la tâche ou le problème qui nous rebute. Pratiquer le décentrage apparaît alors comme une possibilité d’évacuer ces éléments qui nous encombrent de la même façon qu’une canalisation se désengorge. A chacun donc de trouver son mode de décentrage. Pas si facile ? Voici quelques suggestions cependant :laisser une nuit passer si c’est possible, en parler avec quelqu’un de « non branché », jeter ses pensées en vrac sur une feuille, s’absorber dans une autre tâche moins rébarbative…
Cette prise de distance permet de ne pas ajouter du stress à celui causé par cet échec momentané à « focaliser ». Après ce décentrage, l’esprit plus apaisé, on peut se recentrer, trouver le focus : comme dans  la technique de « faire le point » en photo, on (re)concentre son attention sur le point central à traiter.
Evidemment, il ne faut pas prendre ces suggestions comme des recettes. On n’évitera pas de passer par soi-même ! L’art du focus, c’est aussi se connaître mieux pour savoir quand et comment on est en meilleure condition pour aborder les situations ou les tâches que l’on redoute.
Et si nous faisions confiance  au fonctionnement  de notre cerveau, sans trop chercher à le brider ?
Car, pour conclure, comme le dit Hélène Trocmé-Fabre : Rien n’est linéaire dans la vie, la nature, dans l’organisme. La fonction de la cellule est l’assimilation et l’autocréation dans la durée.