B comme bonheur, bien-être, bienveillance…

Bonheur, bien-être au travail, bienveillance…les 3 B composant « le plan B » d’un management plus humain sont largement diffusés et commentés dans les réseaux sociaux professionnels, les groupes ou autres coteries RH. Il est clair que cette aspiration au bonheur trouve un écho particulier dans la période sombre que nous avons vécue à l’échelle du pays dernièrement… On peut cependant s’interroger sur cette utilisation de la notion de bonheur pour évoquer la vie au travail : certes l’accomplissement, la satisfaction, le partage sont des valeurs qui ont un sens dans la vie professionnelle. Et à l’inverse la souffrance au travail, le stress, la pénibilité constituent des préoccupations des praticiens et des théoriciens de la santé au travail et on ne peut que s’en réjouir. Mais pourquoi vouloir à tout prix parler du bonheur pour lequel chacun d’entre nous a sans doute une définition personnelle et spécifique ? Est-ce bien compatible par exemple avec la nécessité de travailler, les contraintes de la vie sociale, le cadre imposé par un espace-temps souvent contraint qui rythme notre vie de travail, sauf pour les quelques-uns qui ont le choix de décider de ces conditions ? Oui le bonheur est important, mais ne le galvaudons pas en le trempant dans une sauce managériale un peu suspecte…
Quant à la bienveillance censée combattre le stress et regonfler la motivation à coup de « management cordial et indulgent » (selon un article récent des Echos Business à propos du management bienveillant pratiqué chez Casino), voici encore un terme à manier avec précaution. Car s’il est légitime de demander aux managers de se soucier de la charge de travail de leurs collaborateurs et du timing qu’ils leur donnent pour réaliser des tâches parfois difficiles (d’après « Le bonheur sans ordonnance » de Philippe Rodet cité dans ce même article), il faut aussi se méfier d’une autre acception du mot bienveillance : « disposition favorable envers une personne inférieure » (dictionnaire Robert). N’y aurait il pas derrière ce management bienveillant qu’on cherche à nous vendre, un relent de paternalisme ? A chacun de se faire son idée.
Pour conclure sur ces 3 B dont nous parlions, retenons le bien-être au travail, mais surtout à travers la façon concrète de le construire, de l’entretenir ou de le développer. Et là tout le monde à son mot à dire : la personne dans l’exercice de sa fonction, le manager qui est en partie responsable des conditions de travail, l’équipe à travers le climat et l’organisation collective etc. Au niveau de ce bien-être exigeant, les chantiers sont importants pour mettre en œuvre « le plan B ».
L’aphorisme du mois : « Etre un homme, c’est bien. Mais il y a encore mieux, être humain. » Jules Romains